En bref
Les relevés de jambes consistent à soulever les jambes tendues depuis le sol (ou en suspension) pour solliciter le grand droit abdominal et les fléchisseurs de hanche. L'efficacité repose sur un geste clé : la rétroversion du bassin en phase montante, qui bascule le travail du psoas vers les abdominaux. Allongé sur le dos, mains sous les fesses, montez les jambes à la verticale en 2 secondes et redescendez lentement en 3 secondes sans laisser le bas du dos se creuser.
Les relevés de jambes sont l’un des exercices abdominaux les plus populaires en salle comme à domicile. Pourtant, ils sont aussi parmi les plus mal exécutés : bas du dos qui se creuse, psoas qui prend toute la charge, abdos qui ne font presque rien. Si vous cherchez à savoir comment les réaliser correctement, quels muscles ils ciblent vraiment et comment progresser sans vous blesser, vous êtes au bon endroit.
Ce guide vous donne une lecture biomécanique honnête du mouvement, les erreurs les plus fréquentes décryptées, toutes les variantes classées par niveau, et un programme sur 4 semaines prêt à l’emploi.
Qu’est-ce que les relevés de jambes ? Définition et muscles ciblés
Les relevés de jambes (parfois appelés levés de jambes) consistent à soulever les membres inférieurs depuis une position allongée ou suspendue, en maintenant les jambes tendues ou fléchies. En apparence simple, le mouvement implique en réalité plusieurs groupes musculaires dont les rôles sont souvent confondus.
Grand droit abdominal vs psoas-iliaque : qui travaille vraiment ?
C’est la question centrale que la plupart des tutos ignorent. Lors des relevés de jambes, deux moteurs principaux entrent en compétition : le grand droit de l’abdomen et le psoas-iliaque.
- Le psoas-iliaque est le principal fléchisseur de hanche. Il relie la colonne lombaire au fémur et entre en action dès que vous montez les jambes, quelle que soit la qualité de votre gainage. En exécution approximative, c’est lui qui fait presque tout le travail.
- Le grand droit abdominal intervient pour fléchir le rachis lombaire et, surtout, pour réaliser la rétroversion du bassin en fin de montée. Si cette rétroversion n’est pas réalisée, les abdos restent peu sollicités malgré l’effort perçu.
En pratique, les relevés de jambes sont donc un exercice mixte : fléchisseurs de hanche + abdominaux, avec une dominante psoas si la technique est bâclée, et une dominante grand droit si elle est maîtrisée. Les stabilisateurs (transverse abdominal, obliques) travaillent également en soutien tout au long du mouvement. Le muscle dentelé antérieur participe aussi à la stabilisation du thorax pendant l’effort.
Le mythe des « abdos inférieurs » : ce que dit vraiment la science
On entend souvent que les relevés de jambes « ciblent la partie basse des abdos ». En réalité, le grand droit est un muscle unique qui court du sternum au pubis. Il ne peut pas être activé de façon complètement isolée en partie haute ou basse. Des études en électromyographie (EMG) montrent toutefois que certains exercices génèrent une activité électrique légèrement plus marquée dans les fibres inférieures. C’est le cas des relevés de jambes comparés aux crunchs classiques. Mais parler d' »abdos inférieurs » comme d’une zone anatomiquement séparée est un raccourci commode, pas une réalité musculaire.
Comment faire les relevés de jambes au sol : technique pas à pas
La maîtrise technique conditionne l’efficacité et la sécurité de l’exercice. Voici les étapes détaillées.
Position de départ : mains, dos, jambes
- Allongez-vous sur le dos sur un tapis de sol.
- Placez les mains sous les fesses ou le bas du dos (paumes vers le bas) pour soutenir le bassin et limiter la tendance à creuser les lombaires.
- Jambes allongées, talons légèrement soulevés du sol (quelques centimètres) pour maintenir une tension abdominale dès le départ.
- Engagez le gainage abdominal avant même de commencer : aspirez le nombril vers la colonne vertébrale.
Phase montante : la rétroversion du bassin, le vrai moteur du mouvement
Montez les jambes jusqu’à la verticale (90° par rapport au sol) en contrôlant le mouvement. La phase montante est simple en apparence, mais c’est là que se joue l’efficacité réelle de l’exercice.
À mi-chemin, le psoas amorce la montée. Pour basculer la sollicitation vers les abdominaux, réalisez une rétroversion du bassin : faites pivoter le bassin de sorte que le pubis remonte vers le plafond et que le bas du dos s’écrase légèrement contre le sol. Ce geste est minime en amplitude mais crucial. C’est lui qui provoque une vraie contraction du grand droit en partie inférieure.
Phase descendante : pourquoi l’excentrique est souvent bâclé
La descente est la phase excentrique du mouvement. Elle devrait durer au moins autant que la montée, idéalement deux fois plus longtemps (2 à 3 secondes). Redescendre en laissant tomber les jambes supprime complètement la tension musculaire et augmente le risque de compensation lombaire en fin de mouvement. Contrôlez chaque centimètre, maintenez le bas du dos au sol, et ne posez pas les talons entre les répétitions si votre niveau le permet.
Les erreurs les plus courantes (et comment les corriger)
Creuser le bas du dos : la faute n°1
Lorsque le psoas tire fort, il entraîne une antéversion du bassin et creuse les lombaires. Ce phénomène est particulièrement visible en phase descendante quand les jambes sont proches du sol. Conséquence directe : compression discale et douleur lombaire. Correction : mains sous le bassin, jambes fléchies si nécessaire, et maintien actif de la rétroversion.
Tricher avec l’élan plutôt que contracter
Balancer les jambes pour prendre de l’inertie transforme l’exercice en mouvement balistique. Les muscles ne font alors qu’accompagner, sans jamais vraiment travailler. Ralentissez le rythme, marquez une légère pause en bas (jambes à quelques centimètres du sol) et en haut (position verticale), et la qualité musculaire augmentera immédiatement.
Négliger la respiration et le gainage
Beaucoup de pratiquants retiennent leur souffle ou respirent de façon anarchique. La règle : expirez à la montée (la phase de contraction), inspirez à la descente. Cette coordination renforce la pression intra-abdominale et sécurise le rachis. Un gainage abdominal maintenu tout au long du mouvement, grâce à l’aspiration du nombril, est non négociable.
Toutes les variantes classées par niveau
Débutant : jambes fléchies à 90°, ciseaux abdominaux
- Jambes fléchies à 90° : le genou plié réduit le bras de levier et diminue la contrainte sur le psoas et le bas du dos. Idéal pour apprendre la rétroversion du bassin sans surcharge.
- Ciseaux abdominaux : alternez la montée de chaque jambe en gardant l’autre proche du sol. Le mouvement alterne la sollicitation et offre un tempo plus gérable pour débuter.
Intermédiaire : jambes tendues au sol, version suspendue à la barre
- Jambes tendues au sol : le classique. Bras de levier maximal, exigences abdominales et lombaires plus élevées. À aborder seulement quand le bas du dos reste stable tout au long du mouvement.
- Relevés de jambes suspendu à la barre : accroché à une barre de traction, montez les jambes fléchies puis tendues. L’absence d’appui au sol oblige un gainage global plus intense. La décompression rachidienne en position suspendue en fait une alternative plus sûre pour les dos fragiles que la version au sol, à condition que les épaules soient engagées. Si vous débutez à la barre, un programme traction débutant vous aidera à développer la force de préhension et de suspension nécessaire.
Avancé : banc incliné, lest aux chevilles, Dragon Flag
- Banc incliné abdos : la tête en bas augmente la résistance gravitationnelle tout au long du mouvement. L’amplitude est plus grande, l’intensité nettement supérieure.
- Lest aux chevilles : ajoutez des lests de cheville (0,5 à 2 kg) sur la version au sol ou suspendue pour augmenter la charge sans modifier la technique.
- Dragon Flag : popularisé par Bruce Lee, le Dragon Flag consiste à maintenir le corps entier en rigidité parfaite, seules les épaules touchant le banc, et à descendre les jambes tendues en contrôle total. C’est l’une des variantes les plus exigeantes qui soit. Elle sollicite l’ensemble de la chaîne postérieure et antérieure du tronc et ne s’envisage qu’après plusieurs mois de renforcement abdominal progressif. Les pratiquants de calisthénie trouveront aussi dans le L-sit un excellent exercice complémentaire pour développer la force abdominale en position statique.
Contre-indications et précautions : lombalgie, hernie discale, grossesse
Les relevés de jambes ne conviennent pas à tout le monde. Certaines situations imposent de les modifier ou de les éviter.
- Lombalgie chronique : la traction du psoas sur les vertèbres lombaires aggrave souvent les douleurs. Préférez le relevé de jambes suspendu (décompression), les crunchs inversés en amplitude réduite, ou le travail de gainage planche.
- Hernie discale : la flexion forcée du rachis lombaire en position allongée peut augmenter la pression intradiscale. En cas de hernie diagnostiquée, consultez un kinésithérapeute avant de reprendre cet exercice. La bird-dog et le dead bug sont des alternatives plus sûres.
- Hyperlordose : les personnes avec un cambré excessif ont tendance à accentuer leur lordose sous l’effet du psoas. Travaillez d’abord la mobilité de la hanche et la rétroversion active avant d’intégrer les relevés de jambes.
- Grossesse : dès le deuxième trimestre, la position allongée sur le dos est déconseillée (compression de la veine cave). Les exercices debout ou en décubitus latéral sont préférables.
Programme de progression sur 4 semaines
Ce tableau part du niveau débutant et monte progressivement en difficulté et en volume. Réalisez ces séances 2 à 3 fois par semaine, avec au moins un jour de repos entre chaque session.
| Semaine | Variante | Séries | Répétitions | Tempo |
|---|---|---|---|---|
| Semaine 1 | Jambes fléchies à 90° | 3 | 10 à 12 | 2s montée / 3s descente |
| Semaine 2 | Jambes fléchies + ciseaux alternés | 3 | 12 à 15 | Contrôlé, sans élan |
| Semaine 3 | Jambes tendues au sol | 3 à 4 | 10 à 12 | 2s montée / 3s descente |
| Semaine 4 | Jambes tendues + version suspendue ou banc incliné | 4 | 12 à 15 | Contrôlé, pause 1s en haut |
À partir de la 5e semaine, vous pouvez introduire un lest aux chevilles (0,5 kg) ou passer à la version suspendue à la barre pour continuer à progresser. Pour gérer finement l’intensité de vos séances et éviter le surentraînement, utilisez le RPE en musculation : cet outil simple vous permet d’ajuster l’effort perçu semaine après semaine.
Relevés de jambes vs crunch : lequel est vraiment plus efficace ?
C’est une comparaison souvent trop tranchée. Les deux exercices sollicitent le grand droit, mais par des mécanismes différents.
- Le crunch mobilise principalement la partie supérieure du tronc (flexion thoracique). Il est plus isolé et moins risqué pour le bas du dos.
- Le relevé de jambes implique davantage la partie inférieure du grand droit (via la rétroversion du bassin) et recrute les fléchisseurs de hanche. Il est plus complet mais plus technique.
Pour un renforcement abdominal structuré, les deux exercices sont complémentaires. Si vous devez choisir, le crunch sera plus adapté aux débutants ou aux personnes avec un dos sensible. Les relevés de jambes apportent davantage de valeur ajoutée dès que la technique est maîtrisée. Pour compléter votre arsenal, les exercices abdominaux avec poids et haltères offrent une progression en charge particulièrement efficace une fois les bases acquises.
Et pour répondre franchement à la question que beaucoup se posent : non, les relevés de jambes ne font pas maigrir du ventre spécifiquement. La réduction locale de la graisse abdominale n’existe pas. La perte de gras résulte d’un déficit calorique global. Les relevés de jambes construisent du muscle et améliorent le tonus, mais l’alimentation reste le levier principal de la composition corporelle.
Comment intégrer les relevés de jambes dans votre entraînement ?
Exercices complémentaires pour un circuit abdos complet
Pour un circuit abdominal équilibré, associez les relevés de jambes à :
- Planche frontale (gainage statique, transverse) : 3 x 30 à 60 secondes
- Crunch classique ou crunch inversé (flexion thoracique) : 3 x 15
- Relevés de buste en oblique (obliques externes et internes) : 3 x 12 de chaque côté
- Dead bug (coordination et gainage profond) : 3 x 10
Ce circuit couvre les grandes fonctions abdominales : flexion, rotation, gainage statique et coordination neuromusculaire.
Fréquence et volume selon votre objectif
| Objectif | Fréquence | Volume par séance |
|---|---|---|
| Tonification / endurance | 2 à 3 fois par semaine | 3 x 15 à 20 répétitions |
| Renforcement / force abdominale | 2 fois par semaine | 4 x 8 à 12 répétitions (avec lest ou variante difficile) |
| Gainage et stabilité | 3 fois par semaine | 3 x 10 à 12 répétitions lentes (tempo 3 secondes descente) |
Quelle que soit votre cible, privilegiez la qualité d’exécution sur le volume brut. Dix relevés de jambes bien faits valent mieux que trente bâclés, autant pour les résultats que pour la préservation du dos.
FAQ : Relevés de jambes : technique, variantes et progression
Quels muscles travaillent lors des relevés de jambes ?
Les relevés de jambes sollicitent principalement le grand droit de l'abdomen (surtout sa portion basse) ainsi que le psoas-iliaque en tant que fléchisseur de hanche. Le transverse et les obliques sont également activés pour stabiliser le tronc.
Les relevés de jambes font-ils maigrir du ventre ?
Non, aucun exercice ne permet une perte de graisse localisée. Les relevés de jambes musclent et tonifient les abdominaux, mais la perte de graisse abdominale dépend d'un déficit calorique global via alimentation et cardio.
Quelle est la différence entre relevés de jambes et crunch ?
Le crunch part de la position allongée et soulève le buste vers les genoux (travail de la partie haute du grand droit), tandis que les relevés de jambes soulèvent les membres inférieurs en fixant le tronc, accentuant l'activation de la portion basse des abdos et du psoas.
Puis-je faire des relevés de jambes si j'ai mal au dos ?
Pas sans précaution : en cas de lombalgie chronique ou de hernie discale, les relevés de jambes (surtout jambes tendues) peuvent aggraver les douleurs. Consultez un professionnel de santé et préférez des exercices de gainage doux comme le hollow body ou le dead bug.
Combien de relevés de jambes faire par séance ?
Pour la tonification, 3 séries de 12 à 15 répétitions suffisent ; pour le renforcement, visez 3 à 4 séries de 8 à 12 répétitions avec une progression en difficulté (jambes pliées → jambes tendues → avec lest). La qualité d'exécution prime toujours sur le volume.
Quelle est la différence entre relevés de jambes au sol et à la barre suspendue ?
La version suspendue à la barre supprime l'appui au sol et exige un gainage bien plus intense du tronc entier, en plus d'une force de préhension. Elle est plus difficile et plus complète, mais réservée aux pratiquants intermédiaires à avancés.